Selon les annonces relayées le 15 juillet 2026, l'administration fiscale britannique (HMRC) a confirmé qu'elle ne considérera plus le simple dépôt de cryptoactifs dans un protocole de prêt DeFi ou dans un pool de liquidité comme une cession imposable. Une clarification très attendue par les utilisateurs de la finance décentralisée, qui pose aussi la question de savoir où en sont la France et le reste de l'Europe sur ce terrain fiscal.
Fiscalité DeFi : le Royaume-Uni allège la règle sur les prêts et pools de liquidité, où en sont l'Europe et la France ?
Que change concrètement la nouvelle règle britannique ?
La mesure introduit un traitement dit « no gain, no loss » (ni gain, ni perte) pour trois situations précises : prêter un cryptoactif unique, emprunter un cryptoactif unique, et fournir des tokens à un teneur de marché automatisé (AMM), le mécanisme qui alimente les pools de liquidité. Concrètement, entrer ou sortir d'un de ces dispositifs avec le même actif ne déclenche plus d'événement fiscal. Un gain ou une perte n'est constaté que lors d'une véritable cession, ou, dans le cas d'un pool de liquidité, si l'utilisateur retire davantage — ou moins — de tokens que ce qu'il y avait initialement déposé. Cette réforme entrera en vigueur le 6 avril 2027 et concernerait, selon les estimations de HMRC, environ 700 000 particuliers et trusts britanniques actifs sur ces produits.
Pourquoi HMRC a-t-elle fait marche arrière sur sa doctrine ?
Jusqu'ici, la doctrine publiée par HMRC en 2022 traitait le simple fait de déposer des tokens dans un protocole DeFi comme une cession potentiellement imposable, avant même toute vente réelle. Une position qui obligeait des utilisateurs à calculer et parfois provisionner un impôt sur des gains purement théoriques, non encore réalisés. Les retours des professionnels du secteur ont mis en avant une charge administrative disproportionnée par rapport à la réalité économique de ces opérations, ce qui a conduit l'administration à aligner sa doctrine sur la nature réelle des transactions plutôt que sur leur forme technique.
Qu'est-ce qui reste imposable malgré cet assouplissement ?
Ce changement ne signifie pas que la DeFi devient une zone défiscalisée pour autant. HMRC rappelle explicitement que les récompenses perçues au titre d'un prêt, les rendements issus du staking, ainsi que les ventes réelles de cryptoactifs demeurent des événements pleinement imposables. La réforme vise uniquement à éviter qu'un simple mouvement technique de tokens — entrer ou sortir d'un contrat DeFi — ne soit assimilé, à tort, à une vente.
Et en France, où en est la fiscalité crypto en 2026 ?
De l'autre côté de la Manche, le cadre français a plutôt évolué dans le sens d'un durcissement. Depuis le 1er janvier 2026, le prélèvement forfaitaire unique (PFU), la flat tax appliquée aux plus-values sur cryptoactifs, est passé de 30 % à 31,4 %, sous l'effet d'une hausse de la CSG sur les revenus du capital de 9,2 % à 10,6 %. Ce taux se décompose en 12,8 % au titre de l'impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux. Conformément à l'article 150 VH bis du code général des impôts, la plus-value globale réalisée dans l'année reste imposable dès lors que le total des cessions dépasse 305 euros. Les particuliers conservent par ailleurs la possibilité d'opter pour le barème progressif de l'impôt sur le revenu plutôt que pour la flat tax, si cette option s'avère plus favorable selon leur situation.
DAC8 : l'Europe mise sur la transparence plutôt que sur l'allègement
À l'échelle européenne, c'est surtout la directive DAC8 (huitième révision de la directive sur la coopération administrative fiscale, adoptée le 17 octobre 2023) qui structure l'année 2026. Entrée en application le 1er janvier 2026, elle impose à tous les prestataires de services sur cryptoactifs opérant dans l'Union européenne de transmettre automatiquement aux administrations fiscales l'identité de leurs clients, leurs soldes, l'ensemble de leurs transactions et leur valeur en euros. Les plateformes ont commencé à collecter ces données dès janvier 2026 ; le premier échange automatique entre administrations fiscales des États membres est attendu en septembre 2027, avec une date limite de transmission fixée au 31 janvier 2027 pour les opérations réalisées en 2026. Il est important de distinguer DAC8 du règlement MiCA : ce dernier encadre le fonctionnement du marché et impose des licences aux plateformes, tandis que DAC8 poursuit un objectif purement fiscal, celui de la transparence et de la lutte contre la fraude via l'échange automatique de données entre États.
La France et l'Europe pourraient-elles suivre l'exemple britannique sur la DeFi ?
À ce stade, aucune mesure équivalente au traitement « no gain, no loss » britannique n'a été annoncée en France ni au niveau européen concernant spécifiquement les dépôts dans les protocoles de prêt DeFi ou les pools de liquidité. L'approche actuelle en France comme dans le cadre DAC8 reste centrée sur le renforcement de la déclaration et de la transparence des transactions, plutôt que sur une clarification du fait générateur de l'impôt propre aux mécanismes de la finance décentralisée. Cette divergence d'approche entre le Royaume-Uni, qui ajuste sa doctrine fiscale à la réalité technique de la DeFi, et une Union européenne encore concentrée sur la collecte de données, est un sujet que les acteurs du secteur, notamment ceux suivis dans notre analyse de la croissance de la DeFi, surveilleront de près dans les prochains mois.
Points clés à retenir
- Le Royaume-Uni n'imposera plus, à partir du 6 avril 2027, le simple dépôt de cryptoactifs dans un prêt DeFi ou un pool de liquidité comme une cession.
- Les récompenses de prêt, les rendements de staking et les ventes réelles restent pleinement imposables au Royaume-Uni.
- En France, la flat tax sur les plus-values crypto est passée à 31,4 % depuis le 1er janvier 2026, avec un seuil de déclaration à 305 € de cessions.
- La directive européenne DAC8, en vigueur depuis janvier 2026, impose la transmission automatique des données de transactions crypto au fisc.
- Aucune règle équivalente à l'assouplissement britannique sur la DeFi n'existe à ce jour en France ou à l'échelle de l'Union européenne.
Cet article est fourni à titre informatif et ne constitue pas un conseil en investissement. Il ne constitue pas non plus un conseil fiscal ou juridique : rapprochez-vous d'un professionnel pour toute question relative à votre situation personnelle.